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Caravane du DAL à BessègesLa Caravane du DAL et HALEM au camp de yourtes à Besseges, par Sylvie Barbe, Yurtao.

Ils sont arrivés en fin d’après midi à Bessèges, la caravane du droit au logement, des mal logés, des expulsés, plus d’une trentaine de personnes en bus et camion, sillonnant les routes de France pour aller soutenir les habitants de lieux en difficulté. Heureusement que notre Isabelle était là pour leur souhaiter la bienvenue, parce que le maire de Bessèges s’est décommandé à la dernière minute... Bessèges a donc pu s’illustrer dans les annales des performances de convivialité et solidarité comme championne de l’évanescence, de l’absence et du vide, inaugurant à la face du pays une forme radicalement tarrissante du dialogue social. Si l’on pense que le maire de Neuilly, ainsi que ceux d’autres grandes villes du pays, ont eu la diligence, le respect et l’amabilité de bien vouloir recevoir la caravane, au minimum avec des adjoints ou des conseillers municipaux, on cherche avec application et un certain ahurissement des explications sensées à cette fin de non recevoir....

Le débat sur le logement en soirée n’en fut pas moins nourri, puisque plusieurs représentants, en plus des nombreuses associations dont les representants font partie de la caravane, d’associations et d’organisations locales, dont le collectif des chômeurs et précaires d’Alès s’affirmant prêt et motivé pour créer un DAL chez nous, le SAJE accueil de jour des exclus, un élu du conseil général, le CNL, le comité anti-expulsions, le collectif anti-démolition, Attac, les Verts, le Nouveau Parti Anticapitaliste, les Alternatifs, la CLCV, Un collectif en Cevennes, des habitants sous yourtes, les Objecteurs de Croissance, la DDE ! et bien entendu les renseignements généraux, ce qui me rassure quand à mes oublis de communication.... Des habitants des environs, ont bravé la profonde obscurité Bessegeoise, certains après plusieurs dizaines de kilomètres, pour nous rejoindre au centre culturel.

Le repas qui a précédé, préparé par Jean-Luc, le cuistot de la caravane, nous a régalé en un temps record, emportant l’admiration pour la vélocité et l’efficacité de l’organisation du groupe. Certains militants de la caravane ont passé la nuit dans le centre culturel, d’autres sous la yourte et les irréductibles sous les étoiles au milieu du Cantoyourte.

Après le grand ménage matinal, tout le monde d’aplomb, un conciliabule très argumenté a permis à chaque membre de la caravane de défendre ses convictions pour finaliser les actions de la journée. Puis le grand bus s’est garé non loin du marché pour rassembler banderoles et manifestants. La caravane s’est ainsi dirigée vers la mairie avec la ferme intention d’être enfin reçue et entendue. Un micro dans le car a permis d’informer les badauds sur la situation du Cantoyourte pendant que les revendications se déployaient sur les marches de la mairie. Les élus tardant à venir, l’inertie de la maison maire ne s’allégeant point sous les doux rayons d’un agréable soleil de midi, il fallut aller vérifier si l’intérieur de l’édifice public pouvait abriter par hasard âme qui vive.... A l’étage furent enfin débusqués secrétaires bougonnes et élus en fuite qui, après quelques palabres incisives, au vu de la détermination des gentils envahisseurs, ouvrirent enfin la salle du conseil. Celle ci, d’un coup remplie à raz bord de militants joviaux, assez excédés par la difficulté d’obtenir des interlocuteurs, put dés lors accueillir le dialogue social tant demandé.

Mais comment être sûrs d’avoir été entendus ??? Finalement, le maire absent mais contacté au téléphone nous fixa rendez vous le mercredi suivant, la veille du procès, alors que ce RDV m’avait été refusé le matin même par sa secrétaire. La caravane enfin satisfaite pu rejoindre le camp de yourtes pour un repas délicieux suivi d’une vaisselle lavée à l’eau de pluie, essuyée avec des draps récupérés et déchirés, et clore cette rencontre avec les gueux du logement choisi ou subi, en dur ou léger, dans la fraternité et les embrassades, et digérer les cadeaux délivrés à foison par ce passage extraordinaire d’humains magnifiques.

Même que nos adieux amicaux m’ont tiré de vraies petites larmes d’émotion. Quelle intensité et quelle leçon d’humanité ! Sentiment profond de reconnaissance devant la beauté de ce peuple en marche, ce peuple de déshérités, tout entier dévoué à la conquête de sa liberté, ce peuple dont je sais tellement fort dans mes tripes qu’il est le mien. Mon coeur les accompagne tout entier vers Marseille, là ou ils vont crier aux ministres européens du logement que le droit au logement doit être appliqué partout, comme un droit fondamental non négociable, et leur rappeler que toute spéculation sur la nourriture et l’habitat est un crime contre l’humanité.

Caravane du DAL à BessègesHabitats en Cevennes : réponses citoyennes à la crise du logement.

Bessèges : Table ronde sur le droit au logement en soutien à Sylvie Barbe et contre la fermeture de « Cantoyourte ». Le procès de Sylvie est symbolique d’une réalité de plus en plus actuelle des réponses apportées spontanément par les victimes de la crise du logement en particulier, et la crise du capitalisme en général. Sylvie, rmiste en convalescence d’un cancer, réfugiée sous ses yourtes auto-construites installées sur une friche industrielle non constructible abandonnée, qu’elle a écologiquement réhabilité, à Bessèges, en Cevennes Minières, est assignée en référé pour une procédure d’expulsion d’urgence par un cartel de marchands de biens qui ont racheté à son insu le terrain où elle vit depuis plus de trois ans.

Ce terrain, prêté par une association qui s’est trouvé plus tard en liquidation judiciaire, est devenu l’objet de convoitises spéculatives, en particulier de la part d’un voisin ex sénateur maire, à l’origine du premier procès de Sylvie cet été, qui tentait de la criminaliser en lui appliquant la loi de sécurité intérieure de 2003 créée par Mr Sarkosy, très répressive contre les nomades. Suite à la relaxe de Sylvie le 25 Juillet 2008, les marchands de biens et comparses attaquent maintenant par une procédure d’urgence destinée aux squatteurs.

Victime du hold-up de son lieu de vie et du harcellement de plus en plus violent par des spéculateurs immobiliers sans scrupules, qui ont masqué les magouilles empêchant l’occupante de bonne foi d’acquérir son lieu de résidence (en méprisant son droit légal de préemption), l’expulsion de Sylvie signifie la perte de son domicile à l’entrée de l’hiver, (confiscation et dégradation, si ce n’est destruction, de ses yourtes), la perte de son activité (insertion par activités pédagogiques autour de l’habitat léger), et l’aggravation de son état de santé ! Ce qui équivaudrait à une mise à mort sociale et humaine, une mise en danger délibérée de la vie d’autrui.

Touche pas à ma yourte, par Lucas Bretonnier, Contre Journal.

Jean-Baptiste Eyrault (DAL). « On chasse les tentes dans les centres-villes, les caravanes des gens du voyage en banlieue et maintenant les logements alternatifs dans les campagnes. La lutte contre la cabanisation, désormais, touche tous les lieux. La crise du logement s’est exportée dans les zones rurales, où l’habitat hors normes s’est développé. La cabanisation concerne une palette très large de population, de ceux qui n’ont pas les moyens de se loger ailleurs à ceux qui ont fait le choix de ce mode de vie. Ces habitats peuvent être des maisons en paille, des caravanes, des tipis, des yourtes. On en trouve surtout dans les régions rurales comme l’Ardèche, les Cévennes, la Bretagne, les Pyrénées, le Languedoc. Il existe un réseau développé, et jeune, d’entraide pour construire ces logements. Évidemment, c’est hors permis de construire, donc illégal. Même si l’objectif officiel des arrêtés préfectoraux de « lutte contre la cabanisation » est d’éviter les risques pour l’environnement ou l’hygiène, le but reste de faire disparaître ce qui fait tâche dans le décor. Il faut rappeler que dans tous les pays du monde, les villes se sont « auto-construites » sans permis de construire. Y compris en France. »

Clément David, constructeur d’habitat alternatif dans l’Ariège. « Près de 10 000 personnes vivraient comme ça dans l’Ariège. Mais la lutte contre la cabanisation s’est accrue. Les pouvoirs publics usent de moyens détournés pour faire pression sur ces populations : ils débarquent, mettent des procès verbaux, des amendes et obligent les gens à partir. Notre objectif est de faire reconnaître cette forme d’habitat. Ces gens participent à l’économie locale, ils font les marchés. Un village dans les Cévennes a pratiquement été repeuplé comme ça. L’école allait fermer, maintenant, deux classes fonctionnent. »

Marcel Etienne, association Ma Cabane. « Les personnes qui pensaient pouvoir vivre tranquillement dans les interstices de l’urbanisation et de la loi se trompaient. Dans certains villages, ceux qui habitent dans ces cabanes sont convoqués par les policiers, interrogés avec relevés d’empreintes digitales. La plupart du temps, ils résistent mais parfois, ils craquent et s’en vont. L’argument du respect de l’environnement est discutable puisque la construction d’une cabane occasionne une pollution dix fois moins importante que celle provoquée par les bulldozers pour construire des lotissements. Une cabane, de plus, vous pouvez la démonter et remettre les lieux en l’état. Ce que l’on demande, c’est que ce genre de construction soient possibles. Certains maires sont d’accord. »

Béatrice Mésini (CNRS). « En Bretagne, la construction de petites maisons en terre et argile, assez proche de l’habitat troglodyte, a été contestée. Certains riverains, qui se sont endettés lourdement pour acquérir une maison en parpaing, ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de ces voisins qui se logent confortablement à bas coût. Tant qu’ils vivent dans des zones rurales reculées, on les laisse plus ou moins tranquilles. Mais dès qu’ils occupent une zone plus touristique, avec des intérêts fonciers et économiques forts, ils deviennent gênants. Les municipalités sont capables de donner un droit dérogatoire à des terrains pour le tourisme. Elles ne le font pas pour ces gens-là. »

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