Les familles des victimes de l’incendie meurtrier de l’hôtel Paris Opéra, et leur association de défense, l’AVIHPO (Association des victimes de l’incendie de l’hôtel Paris Opéra), appellent à un rassemblement samedi 11 avril à 15h00, devant l’hôtel incendié. Elles réclament l’ouverture du procès qui doit leur rendre justice, définir les responsabilités, et faire réparation, car pour l’heure, il n’y a pas de date arrêtée, alors que l’enquête est close depuis l’été dernier. Y aurait il volonté des institutions d’enliser ce dossier ?
Cette tragédie est aussi restée gravée dans la mémoire des mal-logés et des sans logis qui attendent que justice soit faîte, et que l’absurdité de l’hébergement hôtelier voire de sa perversion soient démontées et rendues publiques.
Il reste encore beaucoup à faire pour y mettre fin :
4 ans plus tard, les choses ont un peu avancé, et cette forme d’hébergement véritable révélateur des carences des politiques publiques continue à prospérer. Plusieurs dizaines de milliers de ménages sont contraints de vivre dans ces hôtels parfois vétustes ou insalubres. Les institutions publiques dépensent plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année. Les hôteliers, nouveaux marchands de sommeil profitent du dispositif et s’enrichissent, tandis que des chaînes hôtelières participent à ce mode d’exploitation honteux pour accroître leur marges.
Droit Au Logement, après l’incendie de l’hôtel Opéra, avait décidé de prendre la question à bras le corps et de défendre une alternative à l’hébergement hôtelier inspiré du dispositif d’accueil anglais, après avoir été vérifier à Londres le bon fonctionnement. Celui ci interdit l’hébergement hôtelier plus de 6 semaines, et prévoit d’installer temporairement les sans logis dans des logements loués sur le marché privé, par l’intermédiaire d’associations rémunérées par la collectivité.
Après une campagne de deux ans, et de nombreux conflits, le DAL avait obtenu une première victoire : En 2007, La ville de Paris lance un dispositif similaire (le « bail solidaire et garanti »). Celui ci prévoit le relogement des personnes à l’hôtel dans des logements du parc locatif privé, pour une durée de 18 mois, en attendant un logement social. La participation des familles au loyer et charges ne doit pas dépasser 25% de ses revenus. Des associations agréées sont financées pour faire l’interface avec le bailleur privé, lequel loue son bien garanti à environ 18 euros le mètre carré (20 euros si l’on compte les allègements fiscaux). Environ 250 logements sont loués actuellement par ce dispositif.
En 2008, le Maire de Paris annonce un objectif de 1000 logements en bail solidaire d’ici la fin de la mandature. Le reste à vivre laissé aux familles hébergées dans les hôtels a été monté à 70% de leurs revenus, alors qu’il était à 5 euros par jour par adulte et 3 euros par enfant. Une deuxième victoire a été obtenue en décembre 2008, lorsque le Ministère du logement a lancé le « SOLIBAIL », directement inspiré du modèle parisien. Mais sans pour autant assurer un relogement à l’issue, et hors Paris.
Les pouvoirs publics se sont contentés d’envoyer des commissions de sécurité incendie dans les hôtels, et imposer les travaux, tout en déplaçant les familles dans des situations encore plus précaires. Dans le même registre, un projet de loi qui est apparu dans la loi Boutin en amendement et qui heureusement a été bouté par le conseil Constitutionnel, rend obligatoire l’installation aux frais et sous la responsabilité du locataires de sirènes d’alerte incendie dans les logements, ce qui est non seulement scandaleux mais aussi contreproductif, car ce seront les victimes qui paierons infine.
Mais tout cela est insuffisant, et il est nécessaire d’étendre ce dispositif à l’ensemble de la France, Conseils généraux et État, à rendre obligatoire l’accueil dans des conditions dignes de toute personne sans logis qui le demande, et à plafonner à quelques semaines la durée de l’hébergement hôtelier. C’est ainsi que l’on mettra fin à cette pratique honteuse, révélatrice de l’incapacité de la société française à apporter des solutions aux personnes frappées de plein fouet par la crise du logement.
Bien sûr, cette solution ne résoudra pas cette nouvelle crise du logement, dont les causes sont à rechercher dans l’inflation des prix du foncier, de l’immobilier et des loyers. Cette inflation a été encouragée incontestablement par l’action publique et en l’absence de politique de régulation.
Nous rappelons que la loi de réquisition reste inappliquée, la réalisation massive de vrais logements sociaux est insuffisante, la baisse des loyers dans le privé est nécessaire, les expulsions risquent de reprendre massivement avec l’onde de choc de la crise sociale et la montée du chômage, il faut un moratoire des expulsions.
Voici les différentes raisons pour lesquelles nous participerons à cette cérémonie avec de nombreuses autres familles encore logées dans des hôtels et nous rendrons hommage encore une fois aux victimes de cette horrible drame. Avec eux, nous exigerons une date pour ce procès, justice et réparation pour les victimes. Et pour que l’on tire les vrais leçons de cette tragédie il est nécessaire :
- Qu’une obligation d’accueil soit mise en place pour toute personne et famille à la rue, quelque soit sa situation administrative,
- Que soit interdit, comme en Grande Bretagne l’hébergement hôtelier plus de quelques semaines,
- Qu’à la sortie d’un hébergement hôtelier, ou d’urgence, soit attribué un logement social, ou dans l’attente soient développés les dispositifs de location de logements, répondant aux normes de décence et de surface minimum, tels que le bail solidaire et garanti mis en place à Paris.