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Avec Albert Jacquard, Stéphane Hessel, Josiane Balasko, Carole Bouquet et quelques autres, je fais régulièrement des heures supplémentaires pour l’estimable association DAL (Droit Au Logement). Ça, Je prends le risque de radoter, les lecteurs le savent puisque j’ai déjà écrit dans Siné Hebdo une chronique dénonçant le scandaleux, et très coûteux, procès qu’on leur intente pour avoir défendu des femmes africaines et maghrébines, mères de famille, minablement logées à la va-comme-j’te-pousse dehors.

L’hiver dernier et cet hiver aussi, moins huit, moins dix, la nuit, elles campent sur le trottoir de la rue de la Banque avec leurs mômes sous une toile de bâche pour réclamer ce qui leur est dû : un toit. Elles étaient 300, elles ne sont « plus » que 200, à attendre que le ouistiti qui fait office de président de la République, tellement compassionnel, tellement « humain » vis-à-vis de la précarité lors de ses interventions télévisées, tienne sa promesse de régler personnellement le problème. Nous attendons toujours. Après quelques jours et nuits au chaud dans un gymnase offert par la ville de Paris, un autre lieu prêté provisoirement par les mêmes, rien.

Et tout le monde s’en fout. Des dizaines d’immeubles non occupés depuis des années qui se dressent un peu partout face à cette misère noire. Tentative d’occupation de l’un d’eux, scandaleusement vide, rue de la Bourse. Réplique : deux cordons de flics aux deux bouts de la rue, des cars de police en renfort, pour protéger l’ordre public. Dans la presse, les miettes d’info, par-ci, par-là.

Plus grave encore : l’autre après-midi, sous l’impulsion de Jean-Baptiste Eyraud, le responsable du DAL, promenade pacifique des mêmes protagonistes vers Matignon. Afin de faire coucou, c’est nous. Le cortège est bloqué sur le pont des Arts. Au moment où j’arrive pour rejoindre mes copains et mes copines, même technique, une rangée de policiers à chaque bout du pont. Défense d’entrer, défense de sortir. Arrivé quelques minutes en retard, je parlemente avec les « gardiens de la paix », dont certains, plutôt sympas, je sens à leurs yeux, à leurs sourires qu’ils sont d’accord avec moi, mais macache, les ordres sont les ordres, on ne passe pas.

Une heure après, j’apprends au bistrot où je me suis réfugié, que ça a dégénéré en castagne : quatre femmes hospitalisées, Jean-Baptiste la main cassée. Nous portons plainte contre la brutalité policière du ministère de l’Intérieur. Mais c’est contre l’Élysée et son étrange locataire qu’il conviendrait d’agir. Le soir, au Journal de France 2, chaîne officielle libérée de la publicité, vingt secondes d’images pour évoquer l’incident.

Évidemment, nous ne sommes pas à Gaza, mais ces femmes et ces enfants par terre qui se font piétiner et bastonner, ça fait un peu bande-annonce. Rien d’autre. Bonne année à Tous.

  • Guy Bedos in Siné hebdo N° 19

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