Squats : un autre point de vue sur les migrants

_ DAL / Droit Au LogementVoir le Portfolio Squats : Photographies de Freddy Muller, texte de Florence Bouillon.

DAL / Droit Au LogementSquats : un autre point de vue sur les migrants.
-* Florence Bouillon (texte) et Freddy Muller (photos) – Editions Alternatives.

Alors que l’on fête le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’Europe vient d’adopter le Pacte commun sur l’immigration. Les Editions Alternatives publient un livre regroupant les photographies de Freddy Muller et les textes de Florence Bouillon. Cet ouvrage porte un nouveau regard sur les squats en France, mis en perspective avec le phénomène de l’immigration, réunissant analyses, récits et photographies.
Quatre années pour un fabuleux travail, présenté ici par Aurélie Martin et Julien Cassagne du site : www.photojournalisme.fr

« Dès mon arrivée à Paris, travailler sur l’immigration fut une évidence. Mon point de vue sur la ville était en lien direct avec le traitement des immigrés. Je voulais voir leurs conditions d’accueil, leurs contraintes, leur quotidien. »

Le sujet, Freddy Muller le connaît bien. Tout commence par un reportage en 2004, dans le cadre de sa formation de photojournaliste à l’Ecole des Métiers de l’Information (EMI-CFD). Freddy choisira le squat de Cachan, encore peu médiatisé. Viendront ensuite des commandes pour la presse et des photos personnelles dans différents squats et lieux d’hébergement des migrants. Il assiste aux différentes expulsions, en tire des images fortes, saisissantes. Et surtout un terrible sentiment, celui d’une incompréhension totale de l’univers des squats par le monde extérieur. En cela réside tout son travail. Alors forcément, se contenter de reportages anglés et ponctuels est trop restrictif pour montrer l’ampleur de ce phénomène, et la connaissance qu’en a développé Freddy. Il pénètre ces espaces ghettoïsés, éprouve la réalité d’un monde nourri de préjugés. S’en dégage une fibre toute personnelle qui, en deçà de la dimension socio-politique, redonne au sujet la part d’humanité qui lui est due.

Pourtant, quand on lui demande de parler de « Squats », Freddy est un peu désemparé. Comment expliquer une démarche aussi personnelle ? Par où commencer ? Comment résumer quatre ans de travail, de rencontres et de témoignages ? Le photojournaliste feuillette son livre à la recherche d’une réponse, d’un point de départ. Le voici : une photo, l’inverse nous aurait surpris. Sur l’image, les habitants du squat d’Aubervilliers dorment dans la rue, suite à une expulsion. Ils passeront quatre mois dehors, sans aucun recours. Freddy s’insurge : « On est en France et des enfants dorment dans la rue. Il y a un vrai problème ! » Ici naitra une obsession ponctuée de tendresse et de colère. Son but : sensibiliser le grand public aux conditions d’accueil des immigrés.

Squats est un livre-document aux images aussi belles que percutantes. Sans conteste, l’éditeur (Alternatives) est conquis par les images. Mais pour donner du poids à la démarche, il faut en modifier l’ampleur. L’ouvrage sera donc le réceptacle de trois énergies : la sociologie, l’image et la parole. Trois niveaux d’interprétation qui permettent au lecteur de saisir l’ensemble du sujet.

Florence Bouillon, Docteure en anthropologie, chercheuse associée à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), explique le phénomène des squats, sujet qu’elle maîtrise parfaitement. En plus de la partie historique, elle montre la différence entre deux types de squats : « à côté des artistes et des militants politiques qui envisagent le squat comme un espace de réalisation de projets politiques et alternatifs, les squatteurs sont essentiellement des immigrés mal-logés qui aspirent à une vie ordinaire ». C’est sur ce dernier axe qu’elle concentre son travail, multipliant les références et les résultats de ses études sur les migrants. « Derrière le clandestin, il y a une multitude d’hommes et de femmes, aux parcours singuliers ».

Le squat est une solution de secours, puis de lutte. Il est la conséquence d’un système global, une « porte d’entré », dont les « occupants par nécessité sont stigmatisés ». Ses écrits, mis en parallèle avec les photos de Freddy, nous aident à « pousser la porte du squat, pour rencontrer ceux qui y vivent et lever le voile sur la condition d’immigré ». On découvre que « le squat se substitue au bidonville d’antan ». Et pour cela, les images de ce jeune photographe n’ont rien à envier à celles des années 50 et 60 des Bloncourt, Dityvon, Pottier… Il s’inscrit réellement dans la lignée de ces grands, et apporte une suite logique à leur travail.

En bon professionnel, le photojournaliste s’impose un détachement pour mettre en lumière un point de vue davantage humain que politique. Si le climat sécuritaire est bien présent dans ses photos, il ne cherche pas à le revendiquer. Le squat est avant tout un espace où s’organise une vie collective. On y perçoit un réel souci d’adaptation aux codes sociaux et culturels français. Entraide et solidarité sont les mots clés des migrants. Un moyen aussi naturel qu’humain de faire face à l’exclusion et à la discrimination. Freddy se définit comme un vecteur de transmission. Ses images sont toujours dans le ressenti. L’ambiance y est palpable, on a parfois l’impression d’avoir le son quand on se plonge dans son ouvrage. Les rires d’enfants, le calme des réveils après une nuit dans la rue, les slogans scandés dans les moments de lutte, le bruit des bottes pendant les expulsions…

S’il est souvent au grand angle, c’est pour être encore plus prêt du sujet, nous livrant ainsi une vision large mais absolument pas détachée. La vie quotidienne, les luttes, la solidarité… Il les a vécues de l’intérieur, et cela se sent. La qualité photographique renforce ce sentiment. Freddy Muller sait donner un sens précis à ce qu’il écrit avec ses images. Les lignes directrices, toujours présentes, les couleurs, les ombres des personnages comme leurs portraits, s’accordent parfaitement avec l’engagement du texte de Florence Bouillon.

Enfin, les témoignages apportent cette part d’humanité souvent négligée. Freddy Muller est retourné sur place interviewer une partie des squatteurs. Ibourahim, Meité ou Edouard nous font partager leur histoire. En donnant la parole à ceux qui, souvent victime de la barrière de la langue, ne peuvent se faire entendre, le photojournaliste va alors au plus près de son expérience personnelle. Une rencontre. Pour une conclusion bien trop évidente pour être, ne serait-ce qu’un instant, pensée : aucun d’entre eux n’a choisi de vivre dans un squat.

On ne peut prétendre à un ouvrage sur les squats sans souligner les problèmes de la politique migratoire actuelle. Aussi, montrer les conditions de l’immigration, c’est d’abord distinguer les différents statuts des migrants (immigrés, sans-papiers…). C’est également insister sur les difficultés de logement qui en découlent et l’inéluctable nécessité des squats. En soulevant ces points, le photographe s’exclame : « Il y a vraiment un problème de discrimination et d’accès au logement. Les migrants sont obligés d’organiser des luttes entre eux. C’est alors qu’interviennent les associations, d’où le chapitre qui leur est consacré ».

Freddy Muller engage une réflexion trop rarement entamée sur un univers obscur et marginal, où règne pourtant la plus grande des humanités. Au lecteur de poursuivre… Par Aurélie Martin et Julien Cassagne : : www.photojournalisme.fr

-* Socio-anthropologue, Florence Bouillon
-** travaille depuis une dizaine d’années dans les squats et sur les phénomènes liés au mal-logement.

-* Photographe, Freddy Muller
-** réalise depuis 2004 un travail documentaire dans les squats et sur les mouvements sociaux liés a l’immigration.

-* Squats – un autre point de vue sur les migrants
-** Florence Bouillon (texte) et Freddy Muller (photos) – Editions Alternatives,
-** 24 x 16 cm, 144 pages en quadri, broché 22 € – ISBN : 978-286227-582-6,
-** Une partie des droits de cet ouvrage sera reversée à l’association Droit Au Logement (DAL)

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