COM. HALEM / DAL: La Charte d’Essonne ou la chasse aux sorcières

Source: Halem

La Charte d’Essonne ou la chasse aux sorcières

mardi 18 avril 2017

Au nom de l’écologie, la préfète de l’Essonne organise une chasse aux pauvres

L’Essonne était déjà connue pour son patrimoine religieux, ses terrains de karting et son pâté d’alouette, la voilà maintenant rendue célèbre pour sa préfecture…

HALEM et le DAL ont signé des deux mains le communiqué inter associatif suivant : “Pour le respect de tous les modes d’habitat en Essonne et ailleurs !”


 

COMMUNIQUÉ HALEM / DAL

 

L’ancienne préfète des Pyrénées Orientales, Josiane Chevalier, s’est déjà distinguée par son zèle à précariser et exclure les” Gens du Voyage”. Dès le début de son mandat en Essonne, elle a commencé, avec un ensemble de partenaires institutionnels, à concocter une charte. Celle-ci vise à transformer en délinquant toute personne qui, faute d’espace pour habiter en résidence mobile ou démontable, s’est installée dans des interstices sur lesquels les nantis ont préalablement interdit d’habiter.

Dans ce département, il y a toujours eu des habitants de résidences mobiles ou démontables. Pourtant aucune solution alternative n’est apportée par l’ensemble des signataires de la charte.
Tout laisse à penser que les populations visées sont les personnes que l’administration appelle” Gens du Voyage” dont beaucoup sont installées sur des terrains privés dans le département depuis des décennies. Cette charte n’aborde la question que sous un angle répressif. Elle organise, sans le nommer, des expulsions sans relogement et diabolise l’infraction, sans prise en compte des besoins primaires des habitants.

HALEM considère que jeter à la rue une famille sans solution de relogement est un trouble à l’ordre public bien supérieur à l’infraction au code de l’urbanisme. Nous savons que celui-ci a perdu une grande part de son efficacité ces dernières années en ce qu’il doit composer avec le droit au domicile.

Analyse
Depuis les années 70, les documents d’urbanisme sont devenus incontournables pour la prise en compte des besoins d’habitat. Et pourtant, aucune ligne n’est consacrée aux occupants de résidences mobiles ou démontables, sauf peut-être lors de la création de zones de relégation comme les aires d’accueil ou les terrains de grands passages… On les croise régulièrement, sur des secteurs où les nuisances sonores sont insupportables, les pollutions inacceptables, loin des commerces et des services aux publics… Certains individus finissent même par penser que les personnes qui y vivent s’y sentent bien et qu’elles ont choisi d’être là. C’est à ce type de croyances imbéciles et dangereuses que cette charte participe.
Les besoins des familles plus ou moins sédentaires ne font que rarement l’objet d’une traduction dans les programmes à l’échelle locale. Chaque territoire continu, à sa guise, à pratiquer une politique de guichet avec laquelle les plus démunis finissent par être condamnés à errer sans un abri légal. [1] Certains arrivent cependant à se construire des endroits où il fait bon vivre : ce sont ceux là que cette charte vise principalement.

Mais que fait cette chère Josiane Chevalier ?

Non contente de ne pas satisfaire les besoins en installation, parfois même de première nécessité et résultant d’urgences, elle organise une chasse dans les formes en s’entourant de toutes celles et ceux qui, appartenant à l’élite ou aux institutions, pourraient l’aider. Une véritable campagne de délation est lancée. Cela n’est pas sans rappeler certaines heures sombres de notre histoire et de celle de l’Allemagne. Il manquerait les critères ethniques mais la logique est la même.

Car, soyons clairs, l’enjeu de cette charte est de virer tous ces individus suspects résidents en habitat mobile, démontable ou/et éphémère du territoire. Nous ne pourrons pas oublier que l’Essonne s’est distingué pendant la guerre pour ses camps d’internement pour les nomades particulièrement inhumains. Certaines familles concernées par cette charte conservent encore le douloureux souvenir de l’internement et des déportations organisées avec collaboration zélée du préfet de l’époque.

A-t-elle un peu de vergogne lorsqu’elle coordonne, depuis sa fonction de préfète, une chasse à la délinquance ? A-t-elle conscience que cette délinquance est créée par les interdictions quasi générales faites à ces habitants de vivre sur le territoire ?

Dans un habile jeu d’inversion de causalité, voilà des humains accusés, d’être inadaptés ou des « profiteureuses » selon les cas. Dans cette logique, le demandeur d’espace pour exister devient l’empêcheur de « patrimonaliser » en rond. Il devient le pollueur, le responsable de l’urbanisation qui « mite » l’espace agricole.

  • Confiante et cynique, la préfète s’entoure de celles et ceux dont le rôle est de soulager les inégalités sociales, comme la CAF ou les travailleurs sociaux qui deviendront des collaborateurs de l’exclusion.
  • Quoi, également, de plus naturel pour elle que de se cacher derrière la protection de l’environnement et les agriculteurs à qui nous devons, nous le savons tous, une planète sans pesticide et sans agro-industrie ?
  • Quoi de plus normal que de faire appel aux notaires, aux élus locaux qui, dans leurs documents d’urbanisme, organisent la chasse aux pauvres depuis des années ?
  • Enfin, hélas habitués que nous sommes de la justice de classe, il n’est pas surprenant qu’elle pense à faire appel aux services du Procureur de la République pour organiser une sorte d’exode de l’Essonne.

Tout cela, évidement sans compter que l’évolution du marché du travail, celui du foncier et la crise du logement continuent de jeter incontestablement des gens sur les routes. Ce contexte génère au passage des formes nouvelles d’habitat ou de nomadisme : habitants de camping, travellers, intérimaires, étudiants, retraités, travailleurs mobiles, saisonniers, sans emploi… autant de système D, qui compensent les impérities [2] de l’administration française.

Dès la première page de cette douteuse alliance, la convergence est annoncée. Convergence des luttes contre l’habitat “indigne”, la misère sociale, la désocialisation, sur des prétextes d’enjeux environnementaux et sécuritaires.

Il ne reste plus qu’à recenser tout ce qui dérange les nantis de notre belle, propre et tranquille société et ré-ouvrir des camps pour les personnes qui n’auront pas d’autres choix que de récidiver, puisque rien ne leur est proposé. Madame la préfète, un petit carnet anthropométrique comme en 1912 pour ces indécrottables parasites, ça vous intéresserait ? Ce serait tout de même plus simple que de demander à la CAF de CAFter au moment où elle verse des allocs à des personnes qui en ont besoin ? Est-ce un moyen pour que celles-ci ne cherchent plus à accéder aux aides sociales ?

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LES SANS

« Pourquoi les “sans” peuvent-ils devenir de nouveaux sujets sociaux ? Parce que, à un moment donné, ils cessent de s’accrocher à l’espoir. Voilà le point où ça pivote : quand, tout à coup, on perd aussi l’espoir, qui n’est à nos yeux qu’un mécanisme de dévitalisation du présent. On pourrait croire que, sans espoir, c’est encore pire ; mais cela signifie au contraire que les gens, en prenant conscience qu’ils doivent développer leur propre puissance, leur propre liberté, pour créer de nouvelles conditions de vie, éprouvent et expérimentent quelque chose dont le reste de la société est privé. »
extrait “les sans”


[1Les articles L480-4, L 480-5, L 480-7 du code de l’urbanisme qui prévoient la remise en état sous peine d’astreinte n’envisagent aucun aménagement, lorsque la mesure visée a pour conséquence la perte du logement et de l’activité tels que la saisine du préfet au fins de relogement, la prise en compte de la période de l’année ou la situation personnelle particulière ou tout autre mesure qui protègent normalement le logement des personnes en vertu des articles L 613 et s du code de la construction et de l’habitat

[2Def : « Défaut de connaissances, incapacité ou inhabilité particulière à exercer une profession parce qu’on en ignore ce que l’on devrait pourtant connaître. »

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